• La crise force les jeunes Espagnols à inventer un autre mode de vie

    Les jeunes Espagnols se réunissent en assemblée de quartier

    En Espagne, la crise se montre particulièrement violente envers les jeunes. Presque un jeune Espagnol sur deux est actuellement sans emploi. Ils sont ainsi des milliers à vivre bien en dessous du seuil de pauvreté. Alors, ces jeunes cherchent des solutions nouvelles pour s'en sortir : un mode de vie parallèle fait de troc, de débrouille et de solidarité.

    La misère peut sembler moins pénible au soleil. Mais, à 24 ans, on espère un peu mieux que d’être les visages de la crise espagnole. 45% des moins de 25 ans sont sans-emploi. Alors, lorsqu’on croise dans les rues de Madrid Alexia et Enrique, une cigarette roulée à la main et quelques oranges au fond d’un sac plastique, il ne faut pas s’imaginer qu’ils sont des marginaux. Elle termine une maîtrise en philosophie et lui est licencié en technique audiovisuelle. Et, comme beaucoup d’universitaires aujourd’hui en Espagne, ils sont confrontés à un marché de l’emploi totalement bouché.

    Enrique explique que "pour trouver un travail, certains jeunes suppriment de leur CV leurs diplômes. Car les supermarchés ou les bars, par exemple, ne veulent pas de personnes surdiplômées".

    Alexia poursuit : "C’est difficile parfois, mais cela nous force à mettre en place des réseaux de solidarité. Par exemple : s’il va travailler une semaine mais que la semaine suivante il ne trouve rien, ce n’est pas un drame car, comme nous mettons en commun nos revenus, le concept même de l’argent n’est plus tout à fait le même".

    Un nouveau modèle de société 

    Et c’est ainsi tout un modèle de société qu’une partie de la jeunesse espagnole est en train de redéfinir. Depuis le mouvement des indignés, chaque quartier tient une assemblée hebdomadaire. Santé, emploi, logement : chacun y va de son opinion ou de sa solution. La crise semble même avoir fait chuter les frontières entre les générations.

    "Nous nous réunissons dehors pour la visibilité. Il faut que les gens sachent que sortir dans la rue n’est pas quelque chose de mal, les espaces publics appartiennent aux riverains et, si nous ne les utilisons pas, nous allons les perdre", explique un des participant d’une assemblée.

    Le troc remplace le système monétaire 

    Derrière les murs de la ville se cachent parfois, des endroits singuliers : dans un espace laissé vacant par la mairie, des dizaines de jeunes viennent chaque jour afin de donner un sens à leur quotidien.

    Dans une salle transformée en atelier Carlos, diplômé en langues germaniques, a abandonné ses rêves d’interprétariat pour fabriquer des instruments de musique. "J’ai le sentiment que, en fait, tout ce système c’est le retour au troc. Tu donnes et tu reçois en échange et, finalement, pendant tout le temps que je passe ici, je n’ai plus besoin de traiter avec le système monétaire. Et c’est ça qui me plaît", témoigne-t-il.

    Occuper des bâtiments bancaires 

    Malgré la crise, de nombreux jeunes gardent le ventre plein et les mains occupées. Mais qu’en est-il du toit au-dessus de leur tête ? Comment payer un loyer quand on n’a que 300 ou 400 euros par mois, souvent moins ? En Espagne, 3 millions de logements sont vides aujourd’hui. Alors, certains ont décidé de se les approprier. Pour se loger, certains vont même jusqu'à occuper les bâtiments d'une banque, symbole pour eux de l'injustice sociale.

    Sur le seuil d’un bâtiment qui appartient à Bankia, un gardien surveille. Notre équipe décide d’y entrer anonymement. A l’intérieur, des dizaines de jeunes ont décidé d’occuper les lieux. Après plusieurs tentatives d’expulsion, la banque a finalement renoncé à les mettre dehors, car l’opinion publique espagnole soutient cette jeunesse en difficulté.

    Ce ne sont pas des squatters 

    Ils  utilisent le gaz, l’eau et l’électricité gratuitement. Tout y est récupéré et recyclé. Et chacun apporte sa contribution à la vie commune. Surtout, ne les traitez pas de squatters : occuper une banque est avant tout pour eux l’ultime symbole de la justice sociale. "Quand Bankia était une entreprise privée, elle spéculait sur un bien de première nécessité que sont les logements en les gérant comme n’importe quel autre bien", explique l’avocate Lidia Posaida.

    Si Bankia ne permet pas aux caméras d’entrer c’est parce qu’elle ne veut pas qu’on associe son nom aussi directement à une double injustice sociale : d’une part d’être à l’origine de tant d’expulsions et puis d’être le bourreau des nouveaux occupants.

    Des milliers d’Espagnols sont contraints d’occuper des bâtiments pour survivre. Le futur, ils préfèrent ne pas trop y penser. Mais la crise qui frappe leur pays aujourd’hui est peut-être pour ces jeunes l’occasion ultime d’inventer un autre monde.

    Fr. Mazure et M. Saccomano à Madrid  

     

    Source : http://www.rtbf.be/info/monde/detail_la-crise-force-les-jeunes-espagnols-a-inventer-un-autre-mode-de-vie?id=7794984

     


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